ou les métamorphoses d’une idée
Une seule thèse, taillée comme une pierre : faire confiance à l’homme et à ses compétences, et cesser de gouverner par le soupçon.
Un homme neuf — Faber, « celui qui fait » — porte la même conviction à travers les siècles et les registres. Elle se dit tour à tour en manifeste, en comédie à masques, en gouaille de cinéma et en séance du Sénat romain. Le décor change ; le fil à plomb reste.
Le socle : un état des lieux chiffré et documenté — la dette, l’emprunt, le travail — et trois mesures. Trier l’utile de l’inutile, former les compétences, emprunter pour produire.
On m’a dit : la France est un pays qui doute. C’est faux. La France est un pays qu’on soupçonne. À force de traiter quarante millions d’honnêtes gens comme quarante millions de suspects, on a bâti un pays qui coûte cher à ne rien produire, sauf de la méfiance.
Le débat présidentiel joué à l’italienne : quatre rivaux masqués — le Vigile, l’Héritier, la Comptable, le Tribun — et un visage nu, Faber, l’Arlequin qui répare la lumière pendant que les autres saluent.
Vous avez vu quatre masques et un homme sans masque. Méfiez-vous : à la télévision, c’est toujours celui qui n’a pas l’air de jouer qui joue le mieux. Mais celui-là, au moins, avant de partir, il a réparé la lumière.
La même pièce passée à la sulfateuse. Faber en Ventura : sobre, une punchline dans chaque poche ; les rivaux en grandes gueules, verbeux et magnifiques.
’Scusez le retard. Je finissais une prise pendant que vous répétiez vos salamalecs. — C’est pas vos dépenses qui vous vident, ma belle. C’est la méfiance. Ça coûte un pont, et ça bâtit que dalle.
Et si Rome avait connu, comme nous, la dette publique et les banques ? Onze joutes délibératives — austérité, or spéculatif, monnaie battue, dette gelée, négoce des esclaves — que Faber retourne une à une, avant une grande plaidoirie.
Sous chacune de ces querelles dormait une seule et même question : faisons-nous confiance à l’homme, oui ou non ? … Il fait déjà clair. La séance aura duré toute la nuit ; et voici l’aube, qui n’a demandé à personne la permission de se lever.